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Pouvons-nous remédier aux migrations induites par les dérèglements climatiques ?

11 Août 2018

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Bétail retournant au pâturage après un passage au réservoir d’eau, village de Zorro au Burkina Faso. CIFOR/Ollivier Girard

Un article universitaire publié en 2015 a déclenché une vive controverse en reliant la guerre civile en Syrie à l’extrême sécheresse et à la dégradation des terres qui ont sévi entre 2007 et 2010, ce qui laissait entendre que les conséquences qui s’ensuivirent, le chômage, l’insécurité économique et les migrations des zones rurales vers les centres urbains, ont précipité le pays dans le désordre et l’instabilité.

Cette étude a suscité beaucoup d’intérêt et a déplacé le discours autour de la « crise migratoire » qui ébranle l’Europe, en braquant le projecteur sur les migrations causées par les phénomènes climatiques et « les réfugiés climatiques ». Le cas de la Syrie a été considéré de plus en plus comme un signe avant-coureur des crises futures : le fait que la détérioration des conditions environnementales conduirait à l’insécurité et à des déplacements massifs de population.

Cependant, cette explication et le concept même de réfugiés climatiques ou environnementaux ont été remis en question par d’éminents experts des migrations. La migration, expliquent-ils, est un phénomène aux causes multiples et il est extrêmement difficile d’attribuer les déplacements à un facteur en particulier. Si les facteurs environnementaux comme la sécheresse et la dégradation sont susceptibles d’influer sur les flux migratoires, le fait de se polariser sur la migration d’origine environnementale peut occulter des moteurs plus importants, politiques et socioéconomiques. Dans le cas de la Syrie, par exemple, il s’agissait de la persécution, la violence et la lutte pour la liberté politique.

En accordant trop d’importance aux facteurs environnementaux, on oublie la longue histoire de la mobilité chez les populations touchées et on néglige le fait que la décision d’émigrer est souvent déterminée par des raisons personnelles et familiales, par le coût du déplacement et la proximité des réseaux de migration.

LA DÉTÉRIORATION DES CONDITIONS ENVIRONNEMENTALES

Ceci étant dit, il est généralement admis que les facteurs environnementaux prendront plus d’importance à l’avenir au fur et à mesure que s’intensifient les phénomènes climatiques. La Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) estime, par exemple, que quelque 135 millions de personnes seraient susceptibles d’être déplacées d’ici 2045, poussées par la désertification, et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat prévient qu’un nombre croissant de personnes pourraient être forcées d’abandonner les zones d’aléas climatiques ou de fuir des phénomènes météorologiques extrêmes et des conflits engendrés par la concurrence visant des ressources en voie de raréfaction.

Les zones arides sont particulièrement vulnérables. Ces régions marginales, qui comptent le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et le Sahel africain, recouvrent quelque 41 % de la surface de la Terre et environ deux milliards de personnes y vivent. Elles subissent de plein fouet les conséquences du changement climatique : déjà chaudes et sèches, leur température et leur sécheresse devraient augmenter encore bien plus dans le courant de ce siècle.

Elles sont sujettes aux sécheresses, à la dégradation et à la désertification, ce qui menace la viabilité des écosystèmes, l’agriculture et la sécurité alimentaire. La pauvreté et la concurrence pour les ressources qui s’amplifient pourraient conduire à déstabiliser davantage des régions qui pâtissent déjà d’une certaine instabilité et de déplacements de population.

INVESTIR DANS LA RÉSILIENCE

Pouvons-nous remédier aux migrations induites par les dérèglements climatiques ? La réponse logique voudrait que l’investissement dans la résilience des communautés rurales vivant dans des zones fragilisées par le changement climatique permettrait de maintenir leurs moyens de subsistance et de limiter les motifs d’émigration, qui est une approche préconisée dans l’important rapport publié très récemment par les Nations Unies et intitulé Global Compact for Safe, Orderly and Regular Migration.

Texte juridiquement non contraignant, ce rapport expose que les pays membres doivent s’engager à créer « des conditions favorables pour la production, mais aussi sur les plans politique, économique, social et environnemental afin que les populations vivent en paix dans leur pays d’origine, puissent subvenir à leurs besoins dans un cadre durable et qu’elles puissent réaliser leurs aspirations personnelles tout en veillant à ce que le désespoir et la détérioration de l’environnement ne les obligent pas à émigrer pour chercher des moyens de subsistance ailleurs. »

La crise migratoire en Europe a aussi incité les décideurs européens à promouvoir le développement comme moyen de traitement des causes profondes des migrations. Par exemple, le Fonds fiduciaire pour l’Afrique de l’Union européenne a promis près de 3,3 milliards USD pour générer des opportunités économiques et offrir aux populations une motivation pour rester dans leur communauté et leur pays d’origine.

Cependant, miser sur le développement pour s’attaquer aux causes profondes des migrations a été accueilli avec un certain scepticisme ; en effet, comme les impacts dépendent en général fortement du contexte, les éléments disponibles sont souvent contradictoires, et il n’existe pas de données indiquant que les agences de développement et les organismes d’aide ciblent avec efficacité les secteurs ou communautés tentés par l’émigration.

L’aide au développement devrait aussi s’effectuer à des échelles très différentes. Dans un récent document d’orientation politique, selon Michael Clemens et Hannah Postel du Center for Global Development, « il faudrait que l’aide se déroule complètement différemment, avec des volumes financiers bien plus amples et sur plusieurs générations afin d’avoir un impact sur les facteurs de la migration ».

En fait, ils avancent que, d’après les informations disponibles, le développement encouragerait en réalité la migration en suscitant des envies et en fournissant aux candidats des ressources économiques leur permettant de financer leur voyage.

ÉVITER LES DÉPLACEMENTS NON VOLONTAIRES

Limiter les déplacements non volontaires est peut-être un objectif davantage réalisable. La première étape consisterait à améliorer la qualité et la quantité des données sur les migrations afin de mieux comprendre les migrations d’origine climatique et de concevoir des politiques et des investissements appropriés qui ciblent les communautés et les secteurs tentés par l’émigration.

Les réponses proactives aux défis environnementaux comme la sécheresse pourraient comprendre des systèmes d’alarme précoce facilitant des réponses stratégiques et ciblées, notamment afin de fournir de l’aide là où elle est la plus nécessaire. Le reboisement pourrait aussi être utile. Initiative qui s’étend sur 8 000 km dans le Sahel, la Grande muraille verte permet d’améliorer l’état du sol, d’avoir une meilleure fertilité, et d’inverser le phénomène de désertification dans une région sujette à l’émigration.

Des investissements supplémentaires dans une agriculture intelligente face au climat sont considérés prioritaires. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) voit des pistes prometteuses dans les activités hors exploitation agricole et les pratiques agricoles durables qui limitent les impacts du changement climatique, augmentent la productivité et protègent les ressources naturelles.

D’après la CNULCD, l’intensification durable de la production alimentaire éviterait aussi l’extension des cultures, la déforestation et la désertification. En s’engageant à investir dans ce sens maintenant, il serait possible d’éviter des déplacements massifs et des catastrophes à l’avenir.

Pour découvrir les initiatives de restauration dans l’ensemble de l’Afrique au sommet du Forum mondial sur les paysages (GLF) de Nairobi les 29 et 30 août 2018cliquer ici.

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