La pomme de terre adaptée au changement climatique est arrivée !

Plus cinq faits sur l’extraordinaire potentiel de ce légume-racine discret

Les pommes de terre domestiques sont l'une des plus anciennes cultures au monde, datant de 8000 à 5000 avant JC. Johnny Jet, Flickr
28 septembre 2020
28 septembre 2020

On découvre à peine tout le potentiel de la pomme de terre

Quelque 368 millions de tonnes de pommes de terre ont été récoltées en 2019 dans le monde. De nombreuses variétés du légume-racine sont produites du Vietnam au Kenya, des Andes péruviennes au Rwanda, et constituent l’alimentation de base d’environ 1,3 milliard de personnes qui en dépendent. Et il ne s’agit là que d’une estimation basse, car la production de pomme de terre se développe actuellement en Afrique et en Asie.

Aux quatre coins du globe, des chercheurs s’activent pour trouver le moyen d’augmenter la qualité et les rendements par la sélection de variétés mieux adaptées aux conditions météorologiques et pédologiques locales. Des pommes de terre « climato-intelligentes » sont également développées dans le but de les rendre plus résistantes à certaines maladies redoutables, et plus vigoureuses aussi pour supporter les effets du changement climatique, notamment la chaleur et la sécheresse.

A cross of selected clones bred as part of the Crop Wild Relatives project in Peru to have better heat tolerance. Michael Major, Crop Trust
Un croisement de clones sélectionnés élevés dans le cadre du projet Crop Wild Relatives au Pérou pour avoir une meilleure tolérance à la chaleur. Michael Major, Crop Trust

« Notre objectif est l’amélioration de la sécurité alimentaire », indique Thiago Mendes, sélectionneur de semences au Centre International de recherches de la Pomme de Terre (CIP), dont le siège se trouve à Lima. Des variétés plus « robustes » sont actuellement développées grâce à la diversité génétique, qui s’appuie sur le croisement génétique de différentes lignées de pomme de terre, ajoute-t-il.

Le manque de diversité génétique a longtemps constitué une menace pour la production du tubercule : ce fut d’ailleurs un facteur déterminant pendant la Grande Famine irlandaise du milieu du 19e siège, lors de laquelle le mildiou de la pomme de terre, un micro-organisme dévastateur des tomates et des pommes de terre qui entraîne leur pourrissement, ravagea l’unique variété cultivée, réduisant à néant la récolte du pays.

T. Mendez et ses collègues réalisent des croisements de variétés de pomme de terre domestiques vulnérables avec de nombreuses espèces sauvages apparentées, présélectionnées dans le cadre du projet décennal Crop Wild Relatives (CWR) dirigé par Crop Trust, dont la mission est de prélever des espèces sauvages apparentées à des plantes cultivées, veiller à leur conservation sur le long terme et faciliter leur utilisation dans la sélection de nouvelles cultures améliorées.

« Nous sommes heureux de voir que le matériel végétal obtenu est aujourd’hui en grande partie résistant au mildiou », commente T. Mendes. Il ne s’agit pas uniquement de lutter contre la faim et la malnutrition, l’objectif est aussi de donner aux petits exploitants agricoles plus d’occasions de gagner de l’argent par la vente de leurs surplus de pommes de terre sur les marchés locaux, dans un premier temps, avec la possibilité de se positionner sur des marchés plus vastes.

La réussite des agriculteurs est cependant conditionnée par l’utilisation de semences de bonne qualité, lesquelles ne sont pas toujours disponibles. De plus, ils n’ont pas forcément le réflexe de sortir de leur sphère d’approvisionnement local ou communautaire habituelle. « Le manque de semences de bonne qualité constitue l’une des causes principales des faibles productions en Afrique », continue T. Mendes.

Smallholder farmers in Kenya hold sweet potatoes, a high-value crop. USAID
Des petits agriculteurs kényans montrent des patates douces, une culture de grande valeur. USAID

« Nous voyons beaucoup de potentiel en Afrique, surtout connaissant les scénarios du changement climatique et comment ce dernier peut nuire à la production de pommes de terre là-bas. »

Au-delà de l’Afrique, la popularité des pommes de terre continue de gagner la planète. La Chine, premier producteur mondial de pommes de terre en 2018, travaille à doubler sa production nationale sur le long terme. Viennent ensuite l’Inde, l’Ukraine et la Russie.

Voici d’autres actualités de la pomme de terre autour du monde :

  • Extrêmement nutritives, les pommes de terre sont riches en vitamines C et B6, manganèse, phosphore, niacine et fibres, ainsi qu’en fer et en protéines.
  • Il existe plus de 4 000 variétés comestibles de pommes de terre dans le monde ; plus du double – 7 000 échantillons – de pommes de terre, patates douces, racines et tubercules des Andes est répertorié par la plus grande banque de gènes de pomme de terre du monde, installée au Centre International de recherches de la Pomme de Terre (CIP), qui abrite un nombre colossal de variétés génétiques et potentielles.
  • Il existe environ 150 espèces connues de pommes de terre sauvages, du sud-ouest des États-Unis aux sud du Chili, la plus grande diversité d’espèces se situant au Pérou et en Bolivie.
  • Le Rwanda est le troisième plus grand producteur de pommes de terre d’Afrique subsaharienne, ce qui assure sa sécurité alimentaire ; la consommation nationale annuelle se monte à 125 kg par personne. L’Afrique compte d’autres grands producteurs, parmi lesquels le Nigeria, le Kenya, l’Ouganda, l’Angola et l’Éthiopie.
  • Le marché des pommes de terre transformées surgelées – les frites par exemple – est en pleine expansion. Il a plus que doublé entre 2007 et 2017 pour atteindre 7 millions de tonnes commercialisées dans le monde. À Bruges, en Belgique, le Frietmuseum, exclusivement consacré aux frites, passées et présentes, a ouvert ses portes en 2008.

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