L’ONU proclame 2021-2030 « Décennie pour la restauration des écosystèmes »

L’Assemblée générale des Nations Unies décide de recourir à la restauration pour s’atteler de façon urgente aux problèmes de la planète

Ollivier Girard, CIFOR
4 March 2019
Sandra Cordon

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Les Nations Unies ont diffusé un « appel à l’action internationale » pour mobiliser le soutien politique et financier nécessaire en vue de restaurer les écosystèmes déboisés et dégradés de la planète au cours de la prochaine décennie. Pour que 3,2 milliards de personnes voient leurs conditions de vie s’améliorer, ce sont plus de 2 milliards d’hectares qui devraient être restaurés, soit une superficie plus vaste que l’Amérique du Sud.

Approuvée par l’Assemblée générale le 1er mars, la « Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes » se déroulera de 2021 à 2030. Elle souligne ainsi l’importance de l’intensification des travaux de restauration pour remédier à la grave dégradation des paysages dans le monde entier, notamment les zones humides et les écosystèmes aquatiques. Cela aura sans aucun doute pour effet de propulser la restauration des paysages au rang des priorités des agendas nationaux, en s’appuyant sur la demande des citoyens qui réclament qu’on agisse face aux enjeux du changement climatique, de l’appauvrissement de la biodiversité, et de leurs conséquences sur l’économie et les moyens de subsistance.

« Je pense que nous avons un alignement d’étoiles », a affirmé Tim Christophersen du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui préside le Global Partnership on Forest and Landscape Restoration, lors d’une interview de Landscape News. « Nous devons conserver ce qu’il reste – arrêter l’hémorragie – mais aussi transfuser du sang au patient : la Terre. »

« Il faut que tout cela se déroule en parallèle. C’est plus clair pour nous maintenant puisque le vaste mouvement en faveur de la restauration compte à ce jour de nombreuses années d’expérience », ajouta-t-il.

Le PNUE travaillera avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour diriger la mise en œuvre de cette Décennie.

Le concept de la Décennie est né d’une proposition émise par El Salvador, chef de file de la protection de l’environnement en Amérique latine, de mettre en commun les ressources internationales et de consacrer 10 années à la promotion de la restauration. C’est en mars 2018 à l’occasion d’un événement décisif, co-organisé à Foz do Iguaçu au Brésil par le Forum mondial sur les paysages (GLF) dans le cadre du Défi de Bonn que la ministre salvadorienne de l’Environnement et des Ressources naturelles a exhorté la communauté internationale à consacrer une décennie à la restauration des paysages.

Ce ministère aux côtés de l’ancien directeur du PNUE, Erik Solheim, a continué à faire campagne pour cette Décennie lors d’un autre événement du GLF à Nairobi en août, laquelle a été annoncée officiellement en septembre à l’Assemblée des Nations Unies à New York.

Le coût de la dégradation des terres pour l’économie mondiale est estimé entre 2 000 milliards et 4 500 milliards USD par an, alors que les avantages économiques de la restauration pourraient s’élever à 84 milliards USD. Ce sont au moins 7 millions d’hectares de paysages forestiers qui sont rasés ou dégradés tous les ans dans les tropiques, ce qui menace les moyens de subsistance, la biodiversité et la sécurité alimentaire, tout en aggravant le changement climatique, les conflits et les migrations de population.

Cette Décennie cible aussi les zones côtières et humides, qui se modifient encore plus vite que les écosystèmes terrestres. Les récifs coralliens devraient reculer de 70 à 90 % au cas où la température augmenterait de 1,5 degré Celsius, ce qui aurait des effets catastrophiques sur la biodiversité, l’économie mondiale et l’atmosphère.

« C’est l’opportunité d’exploiter la dynamique amorcée, la volonté politique, la prise de conscience et les moyens techniques à tous les niveaux », a poursuivi T. Christophersen. « Et je pense que nous sommes prêts, car il existe déjà un grand mouvement sur la restauration, et nous avons de nombreuses années d’expérience à notre actif. Nous sommes prêts à changer de braquet. »

Des financements plus importants permettraient de mettre en œuvre les projets de restauration des écosystèmes et de les développer, d’inverser les tendances de la dégradation des terres et du déclin de la biodiversité, et de compléter les efforts faits par les pays pour réaliser certains objectifs du programme de développement durable, intitulé Agenda 2030, et certains objectifs de développement durable (ODD).

« La dégradation de nos écosystèmes a entraîné des conséquences dévastatrices sur les populations et l’environnement », a indiqué Joyce Msuya, Directrice exécutive adjointe du PNUE, dans un communiqué de presse. « Nous sommes enchantés de constater que la dynamique est bien enclenchée pour la restauration de notre environnement naturel, parce que la nature est notre meilleure alliée pour s’attaquer au changement climatique et garantir l’avenir. »

La Décennie permettra d’accélérer la réalisation des objectifs de restauration, comme le Défi de Bonn, qui a vocation à remettre en état 350 millions d’hectares d’écosystèmes dégradés d’ici 2030, pour une facture estimée à 800 milliards USD. À ce jour, quelque 57 pays, des gouvernements infranationaux et des organisations privées se sont engagés à restaurer plus de 170 millions d’hectares. Elle s’appuie sur des actions régionales telles que l’Initiative 20×20 en Amérique latine et l’AFR100, Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030.

La restauration de 350 millions d’hectares de terres dégradées d’ici 2030 pourrait générer 9 000 milliards USD de services écosystémiques et permettre la séquestration de 13 à 26 gigatonnes de gaz à effet de serre présents dans l’atmosphère. « C’est critique pour les moyens de subsistance et la qualité de vie des humains », a ajouté José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO. Nos filières alimentaires mondiales et les moyens de subsistance de millions de personnes dépendent de notre collaboration à tous pour restaurer le bon état des écosystèmes et leur pérennité pour aujourd’hui et pour demain. »

La restauration des écosystèmes est fondamentale pour atteindre les ODD, en particulier sur le changement climatique, l’éradication de la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’eau et la conservation de la biodiversité. C’est également un pilier des conventions internationales sur l’environnement, notamment la Convention de Ramsar sur les zones humides et les trois Conventions de Rio sur la biodiversité, la désertification et le changement climatique.

« Nous sommes convaincus que tous les pays, d’une façon ou d’une autre … sont prêts à faire un pas de géant en matière de restauration », a déclaré Lina Pohl, ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles d’El Salvador, lors de l’événement au Brésil. « Nous sommes convaincus qu’on ne peut pas (y parvenir en tout juste) une année. On ne peut pas restaurer un pays en un an. Il faut que ce soit réellement un effort coordonné sur une décennie. »


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