Forum mondial sur les paysages : qu’en est-il de l’Afrique ?

8 décembre 2018

L’objectif du Forum mondial sur les paysages (GLF) de cette année à Bonn était de mobiliser de nombreuses forces pour accélérer l’action collective sur le terrain afin de transformer les engagements internationaux en faveur de l’environnement en actions. Cependant, nous ne pouvons parler d’un changement d’orientation mondial pour favoriser un développement qui respecte l’environnement sans aborder en premier les enjeux et les opportunités qui se présentent à l’Afrique.

Ce continent renferme une grande partie des ressources naturelles du monde : terre arable, eau, pétrole, gaz naturel, minerai, forêts et faune et flore sauvages. Il devrait donc être au cœur des débats sur les paysages. Selon des estimations du Programme des Nations Unies sur l’environnement, c’est en Afrique que se trouvent 30 % des réserves minérales du monde, 40 % de l’or de la planète et 90 % du chrome et du platine, pour ne donner que quelques exemples. Les plus importantes réserves mondiales de cobalt, de diamant, de platine et d’uranium sont toutes en Afrique. Elle compte aussi 65 % des terres arables de la planète et 10 % de son eau, ressource renouvelable précieuse.

Cependant, ce continent est confronté à de graves défis environnementaux, notamment la dégradation des terres, la déforestation, l’appauvrissement de la biodiversité et une extrême vulnérabilité face au changement climatique. Plus de 70 % des populations de l’Afrique subsaharienne dépendent des forêts et des espaces boisés pour vivre, et les ressources naturelles représentent entre 30 % et 50 % du total des richesses de ce continent. Une part significative est cependant utilisée d’une façon non durable ou bien exploitée dans l’illégalité. Par exemple, on estime que l’Afrique perd 195 milliards USD par an à cause, entre autres, de transactions financières illicites, de l’exploitation minière et forestière illégale, du trafic d’animaux sauvages, de la pêche en dehors de toute réglementation, de la dégradation et de la destruction de l’environnement.

Ces épineux problèmes signifient aussi que des opportunités énormes existent pour agir et faire changer les choses. Si les pays africains parviennent à exploiter le potentiel de leurs immenses ressources naturelles, ils pourraient financer leurs besoins de développement vers la prospérité. Une exploitation durable des ressources naturelles, qui soit aussi résiliente face aux aléas climatiques et axée sur les résultats, peut transformer le futur du continent.

C’est la raison pour laquelle les responsables du GLF incitent à un débat urgent à ce propos sur l’Afrique, fondé sur des données objectives qu’ils sont prêts à animer. Sachant que les paysages durables sont essentiels pour la sécurité alimentaire, la santé, les moyens de subsistance et l’activité économique, le GLF soulève des questions susceptibles de « ranimer la flamme » et de déclencher des actions.

Participants actifs des négociations des objectifs de développement durable et de l’Accord de Paris, les pays africains ont pris d’ambitieux engagements en faveur du climat et de l’environnement. Ceux-ci se matérialisent dans des opérations à l’échelle du continent comme le programme 2063 de l’Union africaine, qui est un cadre de travail stratégique pour le développement durable du continent sur les 50 prochaines années, ou l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100), qui vise à restaurer 100 millions d’hectares de terres déboisées et dégradées d’ici 2030. Les accords et engagements signés étant sur la table, la prochaine étape est de concrétiser tout cela par des plans d’action et de coordonner les interventions pour parvenir à un changement tangible.

Initiatives ascendantes

L’intervention la plus impressionnante du GLF de cette année à Bonn est peut-être celle de Yacouba Sawadogo, connu comme « l’homme qui a arrêté le désert ». Ce Burkinabé a passé les 40 dernières années à appliquer d’anciennes techniques culturales pour combattre les effets dévastateurs de la sécheresse dans son pays. Un espace qui était auparavant dégradé et stérile s’est transformé en forêt de 40 hectares. Monsieur Sawadogo est le parfait exemple du potentiel transformant d’initiatives venant de simples citoyens si elles sont soutenues et encouragées à tous les niveaux.

Daniel Maembe, l’un des cinq premiers Héros du paysage (Landscape Heroes), est un autre acteur exemplaire. En faisant la promotion de l’écotourisme en Tanzanie, il travaille avec les communautés locales pour protéger et restaurer la réserve forestière de Rau dans la région du Kilimandjaro. Sans avoir reçu de financement, il a réussi à fonder une entreprise sociale solide qui a inspiré des initiatives similaires dans d’autres régions de la Tanzanie et à l’étranger.

En offrant un espace pour communiquer sur ces initiatives, le GLF souhaite encourager les responsables de politiques de grandes régions ou au niveau international à soutenir les interventions locales et les aider à se développer, ainsi qu’à donner des exemples concrets d’actions « simples » qui mènent à un véritable changement.

Du côté des gouvernements

Divers représentants d’États africains, inclus du Cameroun, de la République du Congo, de Zambie, de Madagascar et du Malawi, ont pris la parole lors de l’événement de Bonn de cette année. De la restauration à l’aménagement du territoire, ils ont fait part des interventions de leur pays pour transformer les engagements en actes dans le but de multiplier les collaborations et les échanges.

Exemple : la République du Congo et la République démocratique du Congo (RDC) ont créé, en partenariat avec le gouvernement indonésien, le Centre international des tourbières tropicales  (ITPC), une plateforme de coopération Sud-Sud destinée au partage d’expériences en gestion durable de ces écosystèmes. L’ITPC répond au besoin d’une solution politique internationale coordonnée qui vise à conjuguer les objectifs de développement et de climat des pays tropicaux.

Loin de Bonn

Des représentants de la jeunesse aux Voix du Paysage (Voices of the Landscape), l’Afrique est au cœur de tous les événements et activités du GLF. Cette année, nous avons vu aussi le tout premier GLF sur l’Afrique, qui s’est tenu en août à Nairobi. Ce forum a réuni entre autres des experts régionaux, des responsables de politiques, des bailleurs de fonds, des étudiants, des chefs communautaires, qui se sont engagés davantage à restaurer les terres dégradées du continent.

En octobre, dans le cadre d’un partenariat, le GLF a aussi organisé avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) un sommet numérique dédié aux tourbières d’Afrique centrale. Cet évènement, qui a eu lieu en français, ciblait des experts et des responsables de politiques sous-régionaux.

L’année prochaine, grâce aux événements prévus à Kyoto, Luxembourg et Bonn, comme aux activités qui se dérouleront tout au long de 2019, le GLF continuera à inscrire les paysages africains à son agenda, à faciliter le partage de connaissances et à progresser sur le chemin d’un avenir durable pour le continent.

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