Pour préserver les écosystèmes, le commerce intra-africain doit s’améliorer, dit un scientifique du CIFOR

expert on African forestry management and economics
30 août 2018

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NAIROBI (Landscape News) — Alors que l’Afrique connait une rapide croissance démographique et un rapide développement, la demande de produits forestiers sur le continent est en hausse.

Cette demande a amplifié le commerce, en particulier dans le secteur informel, où il n’y a ni contrôle ni surveillance, ce qui peut avoir des conséquences dommageables pour l’environnement.

Dans le passé, la plus grande partie de la demande sur le marché des forêts d’Afrique provenait des marchés étrangers, le secteur informel fournissant les marchés intérieurs et nationaux en utilisant des pratiques qui seraient considérées illégales par les normes internationales, selon Richard Eba’a Atyi, un expert en gestion forestière africaine et en économie pour le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR)

L’ampleur de la déforestation et de la dégradation des terres représente déjà près d’un tiers de la masse continentale de l’Afrique. Sans mise en œuvre de bonnes pratiques et d’un commerce transparent, les forêts africaines courent un plus grand risque.

  1. Eba’a Atyi, originaire du Cameroun et avec plus de 30 ans d’expérience sur le terrain, a partagé ses points de vue, éclairant l’un des sujets en discussion au Forum mondial sur les paysages (GLF) à Nairobi.

Q : Quelle est l’importance des forêts africaines ?

  1. A : Nos forêts sont très importantes pour le reste du monde car nous avons la deuxième plus grande base forestière en Afrique, la forêt du bassin du Congo. Lorsque vous pensez au changement climatique ou à la stabilité de manière globale, nous avons certainement un rôle plus important à jouer pour le bénéfice du monde entier. Mais ces forêts sont également très importantes pour nous-mêmes – nous devrions toujours avoir ces deux aspects en tête. Notre richesse – et le fait que nous contribuons à stabiliser le climat mondial grâce à nos forêts. Et à ce titre, nous devrions également obtenir le soutien du monde entier afin de maintenir, gérer et préserver nos forêts.

Q : Au cours de vos 30 années d’expérience dans le domaine des forêts, quels sont les principaux changements que vous avez constatés ?

  1. A : Au début, du moins dans le Bassin du Congo et en Afrique centrale, les forêts étaient d’abord considérées comme des obstacles à l’agriculture et les terres couvertes de forêts étaient considérées du moins par les politiciens comme des terres libres à convertir pour d’autres usages.

Par la suite, la forêt a été considérée comme un atout économique potentiel pour les industries en développement en Afrique centrale, comme les industries forestières pour la transformation du bois. Et, plus ou moins à cette époque, il s’agissait pour le secteur privé et les gouvernements de prendre des concessions.

Au fur et à mesure, il y a eu un plus grand changement dans la foresterie en faveur de l’implication des acteurs locaux dans la gestion des forêts, impliquant les communautés et les populations locales. Au cours des 10 dernières années, une attention accrue a été accordée à la conservation des forêts en mettant en évidence le rôle des forêts dans les changements climatiques et leur atténuation ; c’est plus ou moins comme ça que ça a changé.

Q : Quels sont les principaux défis auxquels l’Afrique doit faire face en matière de gestion des forêts ?

  1. A : Il y a une demande croissante de produits forestiers à cause de croissance démographique et économique. Dans le passé, la plupart des activités et initiatives forestières devaient répondre aux exigences des marchés étrangers, mais les marchés africains sont devenus importants – et continuent de le devenir. Le défi est donc de savoir comment nous organisons le commerce intra-africain de produits forestiers, de produits ligneux et d’autres produits, et comment nous mettons en œuvre de bons standards sur ces marchés afin de ne pas détruire notre écosystème, ceci est donc un défi plutôt régional que nous avons en Afrique.

Cela concerne principalement le bois, mais nous constatons que même les combustibles ligneux, comme le charbon de bois, et les produits forestiers non-ligneux sont commercialisés d’un pays à l’autre. Nous devons maintenant penser aux marchés régionaux, nationaux et intérieurs au sein de la région africaine.

Q : Quels rôles les gouvernements doivent-ils jouer pour améliorer la gestion des forêts ?

  1. A : Il y a beaucoup de problèmes de gouvernance, les marchés nationaux et régionaux en particulier sont principalement fournis par le secteur informel qui n’est pas contrôlé par les gouvernements et ils ont toutes sortes d’informalités et d’illégalités, ce qui est un véritable problème.

Pour améliorer la situation aux niveaux national et régional, les gouvernements ont un rôle important à jouer et ils devraient également impliquer les parties prenantes locales. Nous avons eu la situation avec le bois, nous avons plaidé pour que chaque gouvernement ait une politique en matière de marchés publics pour s’assurer que lorsqu’ils entreprennent des projets de développement (avec l’appui de la communauté des donateurs), ils ne reçoivent pas de bois illégal provenant de sites illégaux.

Aucun des pays des zones de la COMIFAC (Commission des forêts d’Afrique Centrale) n’a mis en place de telles politiques et nous avons fait pression – et une meilleure coordination est nécessaire.

Q : Quels sont les principaux problèmes en matière de récolte du bois en Afrique ?

  1. A : Le plus grand défi, que nous avons, concerne les initiatives de développement qui utilisent des terres couvertes de forêts. Ces initiatives de développement proviendraient de l’agriculture, des mines, des infrastructures et de l’exploitation forestière. Les pays africains recherchent un développement économique basé principalement sur les ressources naturelles et l’utilisation des terres, comme je le vois dans la plupart des 10 pays de la zone COMIFAC. Si cela n’est pas bien planifié ou bien coordonné entre les secteurs, nous pourrions nous retrouver avec des problèmes.

Q : Quels sont les côtés réconfortants dans l’avenir des forêts africaines ?

  1. A : Les gens sont au courant de la situation ; c’était très différent il y a 15 ans. C’était comme si les gens ne savaient même pas. Mais maintenant, les gens associent des événements climatiques extrêmes qui se produisent partout ; de l’Europe, l’Asie, l’Afrique au changement climatique. Je pense que des efforts supplémentaires seront certainement déployés. Cela a commencé avec l’accord de Paris. Malheureusement, les plus gros pollueurs s’en sortent, mais même à l’intérieur de pays comme les États-Unis, les gens sont de plus en plus conscients. À cause de la prise de conscience, je crois que certaines choses sont en train d’être faites aux niveaux techniques et politiques.

Q : Dans quelles autres initiatives êtes-vous impliqué ?

  1. A : Nous gérons un observatoire pour la surveillance des forêts en Afrique Centrale. Nous avons un ensemble d’indicateurs que nous suivons, nous produisons des rapports, des bulletins politiques afin que les gens puissent obtenir facilement les informations nécessaires.

Q : Pourquoi le GLF est-il un événement important ?

  1. A : Le forum est très important car il se passe beaucoup de choses et les gens doivent échanger leurs expériences du monde entier et aussi se rencontrer dans un lieu commun. Les forêts, les paysages et les jeunes ont également besoin de bons investissements et le Forum sur les paysages permet aux parties prenantes et aux investisseurs d’échanger et peut-être de prendre des décisions sur l’avenir des forêts tropicales.

 

Eba’a Atyi, un expert en gestion forestière africaine et en économie au Centre de recherche forestière internationale. Crédit photo : CIFOR

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