Pour Lina Pohl au Salvador, une décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes pourrait permettre des interventions d’un bon rapport coût-efficacité

Lina Pohl, minister of the environment and natural resources in El Salvador, speaks at the Global Landscapes Forum in Bonn, Germany, December 2017. GLF/Pilar Valbuena
Julie Mollins
14 août 2018

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BONN, Allemagne (Landscape News) — Lors d’un grand événement accueilli par le Brésil au mois de mars et organisé dans le cadre du Défi de Bonn, la ministre de l’Environnement et des ressources naturelles du Salvador a exhorté la communauté internationale à soutenir une décennie de restauration.

Selon un document provenant du ministère de l’Environnement du Brésil dont Landscape News a eu connaissance, la mobilisation internationale s’intensifieautour de l’initiative. L’objectif des pays qui défendent la décennie sur la continuité des paysages et la restauration des écosystèmes est d’inscrire la restauration des paysages au cœur des priorités nationales et d’accompagner les efforts déployés par les pays pour atteindre l’Objectif de développement durable (ODD) 15 des Nations Unies : Vie terrestre.

Une décennie dédiée à la restauration s’attaquerait — de manière efficace et pour un coût raisonnable — aux dégradations avancées des écosystèmes et agro-écosystèmes, auxquelles sont confrontés les pays, à leur vulnérabilité face aux menaces environnementales posées par le changement climatique et aux conséquences sur le développement social et économique, a déclaré Lina Pohl, ministre de l’Environnement et des Ressources naturelles du Salvador, à Landscape News.

Si la décennie des Nations Unies qui est proposée est mise en œuvre de 2021 à 2030, elle conduira probablement à l’augmentation de la levée des fonds nécessaires au développement de projets qui pourraient restaurer les écosystèmes et inverser la dégradation des terres et l’appauvrissement de la biodiversité.

  1. Pohl explique : « Au Salvador, la dégradation des écosystèmes a entraîné l’altération de leur structure et de leurs fonctions, se traduisant par une perte de biodiversité et une baisse des services écosystémiques rendus, ce qui impacte la productivité et la qualité de vie sur les territoires et renforce la vulnérabilité aux menaces climatiques ».

« Face à l’accélération rapide des désastres corrélés au changement climatique, le pays doit promouvoir un programme de restauration agressif qui renforce la résilience, réduit la vulnérabilité et accroît les capacités des systèmes à s’adapter aux menaces quotidiennes comme aux événements extrêmes », a-t-elle ajouté.

À l’échelle régionale, le Salvador est l’un des animateurs de l’Initiative 20×20, un cadre de restauration en Amérique du Sud qui appuie le Défi de Bonn, effort mondial lancé lors du Sommet sur le climat des Nations Unies de 2014, qui vise à restaurer 150 millions d’hectares de terres dégradées et déboisées d’ici à 2020, et 350 millions d’hectares d’ici à 2030 à travers le monde.

Depuis la création de son ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles il y a 20 ans, le plus petit État d’Amérique centrale a concentré ses efforts sur la protection de sa biodiversité unique. En 2012, le ministère a mis en place un programmenovateurde restauration des écosystèmes et des paysages ruraux.

Cet événement, qui s’est déroulé au Brésil sous l’égide conjointe de l’UICN et du ministère fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sûreté nucléaire (BMU), a été l’occasion d’échanger sur diverses expériences, innovations et initiatives de financement en matière de restauration des paysages forestiers.

La proposition de consacrer 10 années à la promotion de la restauration de plus dedeux milliards d’hectares de terres dégradéesdans le monde entier (c’est-à-dire une superficie plus vaste que celle de l’Amérique du Sud) sera au cœur des débats du prochain sommet du Forum mondial sur les paysages (GLF) qui aura lieu à Nairobi au mois d’août.

Lina Pohl a fait part de son point de vue à Landscape News :

Q : Quels seraient les avantages d’une telle décennie ?

L’instauration d’une décennie internationale de restauration des écosystèmes permettra, entre autres bénéfices de :

  • créer une vision et un cadre souple communs pour la mise en œuvre d’initiatives de restauration des écosystèmes à l’échelle nationale, régionale et mondiale ;
  • mobiliser et canaliser des moyens de déploiement nécessaires à la mise en place de stratégies de restauration nationale, incluant la coopération Sud-Sud ;
  • suivre les progrès du déploiement et la réalisation des étapes aux niveaux national et international ;
  • sensibiliser le public à l’importance des écosystèmes fonctionnels et à la bonne santé des paysages terrestres et marins pour le bien-être humain et les activités productives. Parvenir à la pleine compréhension des impacts et des relations qui relient les dynamiques et les fonctions des écosystèmes aux services rendus en termes de durabilité économique, de développement local, de qualité de vie des communautés rurales, et du pays dans son ensemble ;
  • prendre conscience que les initiatives de restauration des écosystèmes et des paysages, par le biais d’approches globales et synergiques, constituent un instrument efficace permettant de réaliser les objectifs de développement durable et l’Agenda 2030, notamment l’ODD 15, et de contribuer significativement à la réalisation de l’ODD 2(Faim « zéro »), l’ODD 6(Eau propre et assainissement), l’ODD 12(Consommation et production responsables), l’ODD 13(Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques) et l’ODD 14(Vie aquatique).

Q : D’où vient votre inspiration ?

Trois processus m’ont fait réfléchir à l’initiative de cette déclaration et à ses bénéfices :

    1. La prise de conscience que la restauration des écosystèmes a pris beaucoup d’importance sur la scène internationale et que cela se ressent dans les décisions, les instruments et les accords convenus dans les différentes instances internationales, par exemple le Plan stratégique et les objectifs d’Aichi de la Convention sur la diversité biologique(CDB), l’objectif de Neutralité en termes de dégradation des terres(NDT) adopté dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) et le Sommet mondial pour le développement durablequi a adopté l’Agenda 2030 et les ODD. De la même manière, la restauration des écosystèmes s’inscrit parfaitement dans l’action d’autres accords internationaux, tels que le Cadre de Sendai 2015-2030 pour la réduction des risques de catastrophe naturelle, la Conférence des Nations Unies sur les océanset l’Accord de Paris de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).
    2. Grâce à la participation et l’engagement reçus par le Salvador lors de l’initiative du Défi de Bonn, nous avons été portés, dès le départ, par l’enthousiasme et l’adhésion des différents pays et régions à l’établissement d’engagements nationaux, au développement de stratégies et de plans nationaux en faveur d’initiatives et d’actions de restauration ; et nous avons vu comment d’autres pays rejoignaient le mouvement. Dans ce contexte, l’Amérique centrale, qui est l’un des points les plus riches en biodiversité de la planète, mais aussi une région reconnue comme la plus sensible aux effets du changement climatique, s’est saisie de cette priorité – restaurer les écosystèmes – sous la forme d’une stratégie, ayant un bon rapport coût-efficacité, visant la stabilité et la durabilité de l’environnement. C’est ainsi que les États d’Amérique centrale ont déployé des stratégies nationales de restauration des écosystèmes et des paysages et se sont fixés, volontairement, des objectifs nationaux ambitieux dans le cadre du Défi de Bonn.
    3. L’expérience du Salvador pendant la conception, la formulation et la phase initiale du déploiement du Programme national de restauration des écosystèmes et des paysages, a montré comment ces initiatives de restauration étaient présentées comme des mesures nécessaires et urgentes pour inverser les niveaux avancés de détérioration environnementale et ainsi, rétablir les services écosystémiques essentiels à la réduction des risques de catastrophe naturelle, au renforcement des capacités d’adaptation et à la réduction de la vulnérabilité des territoires, ainsi qu’à la sécurité alimentaire, au maintien des moyens d’existence et à la stabilité des activités économiques menées sur les paysages concernés.

Q : En quoi est-ce pertinent à la fois pour le Salvador et la communauté internationale ? 

R : Il est établi que la restauration, combinée aux actions menées dans le cadre de la protection et de la conservation des écosystèmes — résultat de plusieurs décennies d’application de cette approche — favorise la réduction de la vulnérabilité au changement climatique, et plus particulièrement aux pertes et aux ravages engendrés par les événements météorologiques extrêmes.

La restauration des écosystèmes est conforme aux conditions d’un rapport satisfaisant coût-efficacité. Elle s’inscrit dans une approche intégrale de restauration du paysage en restaurant et préservant les zones boisées, en encourageant l’établissement de corridors biologiques, ainsi que la réhabilitation et la transformation des espaces agricoles par l’adoption de pratiques durables — notamment la promotion de systèmes agroforestiers résilients. Elle permet la création d’un environnement bien plus favorable à la préservation de la biodiversité et au retour des fonctions et de la productivité des sols ; elle contribue à l’atténuation du changement climatique par l’augmentation des stocks de carbone, et au renforcement de la résilience et de l’adaptation aux effets du changement climatique.

De plus, en s’insérant dans les programmes sur le changement climatique (adaptation et atténuation), la biodiversité, les ressources en eau et la réduction des risques, elle participe à la réalisation des objectifs et engagements de conventions environnementales sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre issus de la déforestation ou de la dégradation des forêts et des pratiques agricoles, qui ont été consignés dans les Contributions Déterminées au niveau national (CDN) en vertu de la CCNUCC, dans les objectifs d’Aichi (l’objectif 7 sur l’agriculture durable et l’objectif 14 et 15 sur la restauration des écosystèmes) mis en place dans le cadre du Plan stratégique 2010-2020 de la CDB, et dans les Cibles nationales volontaires du NDT, établies à l’aide du cadre d’indicateurs de la CNULCD.

 

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