Questions/Réponses : L’Afrique est à un tournant critique concernant l’action climatique, affirme le Directeur du PNUE

Erik Solheim, executive director of UN Environment, speaks at the Global Landscapes Forum. GLF/Pilar Valbueno
11 août 2018

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Erik Solheim, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, s’exprime au Forum mondial sur les paysages. GLF/Pilar Valbuena

BONN, Allemagne (Landscape News) – « Le mouvement visant à restaurer les terres dégradées et à atteindre les objectifs fixés dans l’Accord de Paris sur le changement climatique continue de s’amplifier et les pays africains ont un rôle déterminant à jouer », a déclaré jeudi ce haut responsable des Nations Unies pour l’environnement.

« L’action climatique passera ou cassera selon la façon dont l’Afrique se développera au cours de ce siècle », a ajouté Erik Solheim, Directeur exécutif du PNUE.

« De grandes régions d’Afrique se trouvent à un tournant : elles peuvent soit suivre le chemin destructeur que de nombreux autres pays ont déjà parcouru, ou bien apprendre des erreurs des autres et dépasser le reste du monde en sautant des étapes », a-t-il indiqué à Landscape News.

« Nous voyons déjà des pays comme le Kenya avoir un rôle moteur dans les énergies renouvelables et les énergies propres tandis que le Rwanda s’est distingué en luttant contre la pollution par le plastique ; il est donc possible d’observer de nombreux pays africains montrer l’exemple par de bonnes pratiques en gestion de l’environnement ».

  1. Solheim, qui a auparavant servi comme ministre de l’Environnement et du Développement international au sein du gouvernement norvégien, s’exprimera au prochain Forum mondial sur les paysages (GLF) Prospects and Opportunities for Restoration in Africa (Perspectives et opportunités pour la restauration en Afrique)qui se tiendra au siège du PNUE à Nairobi les 29 et 30 août.

Plus de 800 participants et des milliers d’internautes, dont des chefs d’État, des experts de la restauration des paysages, des décideurs, des médias du monde entier, des experts financiers, des spécialistes de l’environnement, des chefs autochtones et communautaires, se réuniront pour s’attaquer aux divers défis que pose la dégradation des terres sur tout le continent.

Le PNUE est, avec le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et la Banque mondiale, l’un des coordonnateurs du GLF – qui a vocation à promouvoir la restauration des paysages dégradés, dans le droit fil des objectifs climatiques de l’Accord de Paris et des objectifs de développement durable de l’ONU.

  1. Solheim fait part de son point de vue dans l’interview suivante.

Question : Vous dirigez le Programme des Nations Unies pour l’Environnement depuis un peu plus de deux ans maintenant. Qu’avez-vous observé jusqu’ici en matière de mesures prises dans divers secteurs pour lutter contre les problèmes environnementaux ? Par exemple, la campagne anti-plastique menée par le PNUE semble faire des émules et le nouvel accord entre Google et le PNUE pour suivre les objectifs climatiques dans le paysage est prometteur. Comment ces initiatives peuvent-elles transformer la communauté mondiale ?

Réponse : Nous avons tenté de faire de notre mieux non seulement pour présenter les problèmes, mais aussi les solutions. Les gens en ont assez des prévisions pessimistes et alarmistes, ils veulent des solutions. C’est aussi indispensable que nous nous adressions davantage aux gens ordinaires, ce que nous avons été en mesure de faire, je pense, sur la question du plastique. Grâce à la campagne contre le plastique, nous espérons que de plus en plus de personnes pourront se rallier à des causes plus grandes, comme la nécessité d’une économie plus circulaire et de réduire le volume actuel des déchets que nous produisons, quel qu’en soit le type, et aussi réfléchir à des problèmes comme l’état de nos océans et de la biodiversité. Tout est lié.

Question : Quels sont les défis spécifiques à l’Afrique dans le contexte mondial ?

Réponse : Les prévisions concernant la croissance démographique en Afrique sont un de ces grands défis. Un autre est le fait que de nombreux pays du monde se tourneront vers l’Afrique pour chercher de quoi se nourrir. Le principal défi est donc de trouver comment faire pour fournir des emplois, accroître la production alimentaire et protéger l’environnement. La réponse, bien sûr, est un aménagement du territoire approprié. C’est-à-dire une urbanisation bien pensée et un développement des infrastructures respectueux de l’environnement, des espaces réservés à la conservation et aux aires protégées, et le recours aux dernières techniques en agriculture et en irrigation pour plus d’efficience et de résilience et pour réduire les déchets tout en supprimant la tentation de labourer des surfaces encore plus étendues.

Question : La Grande Muraille Verte vise à restaurer 8 000 kilomètres de terres dégradées. Est-ce vraiment réalisable ? Une Décennie des Nations Unies pour la restauration écologique, comme l’a proposé le Salvador, pourrait-elle avoir un impact ?

Réponse : Une Grande Muraille Verte est possible, oui. Techniquement, c’est réalisable. La Chine a montré qu’il était possible de le faire et que le fait d’inverser la désertification débouchait sur des retombées sur les plans de l’économie et de la santé. Ce que nous devons faire maintenant est de rassembler plus de dirigeants autour de ce genre d’initiatives. Avec des dirigeants politiques attentifs, tout est possible.

Question : Les initiatives de restauration concernent très souvent la plantation d’arbres ou la revégétalisation d’anciens sites miniers, mais comment l’agriculture et les problèmes de sécurité alimentaire s’inscrivent-ils dans le plan d’ensemble ?

Réponse : L’agriculture est le grand défi de l’Afrique au XXIe siècle, et la solution évidente est de labourer encore plus de superficies et d’abattre encore plus d’arbres. Nous devons donc faire un énorme effort sur plusieurs axes. Le premier est d’accroître les rendements en mode durable. Le deuxième est de transformer radicalement les filières d’approvisionnement afin de réduire le gaspillage de produits alimentaires. Le troisième est de faire progresser la résilience afin que les agriculteurs soient mieux équipés pour faire face au changement climatique. Et enfin, nous avons besoin d’une gouvernance environnementale forte, pour la conservation et les aires protégées. En d’autres termes, nous devons faire en sorte de produire plus de nourriture sur les mêmes espaces. C’est absolument possible !

Question : Comment le Forum mondial sur les paysages se place-t-il par rapport aux objectifs du PNUE ? Pensez-vous que le concept est en train de faire des adeptes dans le monde ? Les États membres se mobilisent-ils autour du concept de la restauration des paysages ? Voyez-vous une possibilité pour les États membres de mettre en place de façon pérenne une alternance pragmatique de cycles d’utilisation des terres et de restauration ?

Réponse : Je pense que l’importance primordiale de la gestion de l’utilisation des terres dans l’ensemble de la lutte contre le changement climatique est beaucoup mieux comprise. Nous commençons à mieux cerner le rôle des écosystèmes dans les émissions. On peut citer en exemple la récente découverte des tourbières du Congo, et les actions de conservation désormais en cours. Un élément clé dans ce domaine est aussi la coopération Sud-Sud, et notamment l’Indonésie qui fait part de son expérience. Je suis convaincu que c’est grâce au rôle fédérateur d’initiatives comme le Forum mondial sur les paysages.

Question : À votre avis, étant donné le grand nombre de variables, quelle est la solution pour que les mesures requises débouchent vraiment sur la restauration des terres, et ceci sera-t-il suffisant pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris ? Certains craignent que nous ne puissions les atteindre. Comment mettre en œuvre efficacement des initiatives de restauration quand certains hommes politiques, certains entrepreneurs, et bien d’autres ne croient pas au changement climatique ?

Réponse : Ce qui est encourageant, c’est que la lutte contre le changement climatique prend de l’ampleur malgré le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Ce mouvement s’observe aussi dans certains endroits des États-Unis, sous l’impulsion de certains États ou du secteur privé. Mais bien sûr, il faut plus d’action. Le problème n’est pas la direction dans laquelle nous allons, c’est le rythme qui n’est pas assez rapide. La restauration des terres est un aspect de l’action climatique qui donne très vite des résultats et qui peut se faire avec peu de perturbation. Nous devons absolument faire passer ce message.

Pour découvrir les initiatives de restauration dans l’ensemble de l’Afrique au sommet du Forum mondial sur les paysages (GLF) de Nairobi les 29 et 30 août 2018, cliquer ici

 

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