La pollution par le plastique : une activité économique pour des entrepreneurs des pays africains

“Washed Ashore: Art to Save the Sea” was a traveling art exhibit in 2017. Photo credit: Adam Mason, Smithsonian National Zoo.
22 juillet 2018

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BONN, Allemagne (Landscape News) — Que faire de 800 000 tongs échouées sur le rivage ?

Au Kenya, l’entreprise sociale Ocean Sole a une solution. Tous les ans, ce groupe ramasse sur les plages locales ce volume de sandales en plastique bon marché pour les transformer en œuvres d’art, en particulier, pour les créations les plus appréciées, en tortues, en girafes et en poissons des récifs coralliens, multicolores et sculptés à la main. Ces œuvres, qui mettent en lumière une infime fraction de la pollution des océans par le plastique, se vendent dans le monde entier.

Dimanche 22 avril 2018, c’était le Jour de la Terre, et le thème choisi pour cette année est « En finir avec la pollution par le plastique ». L’engouement pour le plastique est dû en grande partie à sa légèreté et à sa résistance. Mais, si on ne s’en débarrasse pas de manière appropriée, ses caractéristiques sont dangereuses : en effet, cette matière se retrouve en général dans les réseaux d’assainissement et au final dans l’océan, où elle restera pendant des centaines, voire des milliers, d’années faisant des ravages sur les écosystèmes et les animaux marins avant de se décomposer.

La récente découverte de masses flottantes de microplastique dans l’océan Pacifique – dont l’une serait équivalente à la superficie du Mexique – a attiré l’attention sur certaines des conséquences de nos habitudes de consommation du plastique. En décembre de l’an dernier, 193 pays signaient une résolution de l’ONU visant à éliminer la pollution par le plastique des océans de la planète.

Mais il est plus facile de gérer les déchets à certains endroits qu’à d’autres. L’année dernière, une étude a été publiée qui enseigne que 90 % du plastique des océans du monde ne proviennent que de 10 fleuves : huit en Asie, et deux en Afrique (le Nil et le Niger).

S’il est difficile d’accéder à des données exhaustives sur le sujet, la gestion des déchets dans ces régions n’a apparemment pas suivi leur développement rapide et le fait que de nombreuses populations vivent à proximité des fleuves aggrave le problème.

Dans ce contexte, une étude récente, « Challenges and emerging solutions to the land-based plastic waste issue in Africa » (c.-à-d. Défis et solutions au problème des déchets plastiques au sol en Afrique) révèle des informations importantes sur l’origine géographique de la production des déchets, leurs circuits sur le continent africain et autour de celui-ci, en montrant certaines solutions créatives imaginées pour y faire face.

DES FLEUVES DE PLASTIQUE

L’Afrique est le continent où la population augmente le plus vite dans le monde. Cette croissance démographique s’observe surtout dans les zones côtières et près des milieux d’eau douce : les bassins fluviaux du Niger, du Congo, du Zambèze et du Nil comptent certaines des plus grosses métropoles de la planète.

Dans le même temps, la classe moyenne prend de l’ampleur dans de nombreux pays africains, et les populations consomment plus qu’auparavant des objets en plastique et des produits sous emballage plastique, et notamment de l’eau qui, dans de nombreuses villes, est vendue dans des sachets ou sacs plastiques à usage unique.

L’infrastructure de gestion des déchets est souvent inadéquate pour traiter les volumes croissants de plastique qui pénètrent dans les réseaux.

« Bon nombre des anciens modes de gestion des déchets, comme l’enfouissement ou le brûlage, conviennent tout à fait quand il s’agit de matériaux biodégradables comme la céramique ou les feuilles de bananier », déclare Jenna Jambeck, coauteure de l’article et ingénieure en environnement de l’Université de Géorgie, « mais le plastique est une tout autre histoire, et les gens n’ont pas toujours les connaissances, les ressources ou la possibilité de le traiter comme il convient. »

Les risques qui pèsent sur la santé de l’être humain, comme sur l’environnement en général, sont multiples, affirme-t-elle. Si l’on ne s’en débarrasse pas correctement, le plastique peut créer des zones d’eau stagnante dans lesquelles prolifèrent les moustiques, ce qui favorise la propagation des maladies. Cela peut aussi boucher les conduites d’évacuation lors de fortes pluies, entraînant des inondations.

Quand ils parviennent aux cours d’eau, ces déchets finiront probablement en grande partie par se retrouver dans la mer.

Une fois dans l’océan, ces déchets s’agglutinent à des volumes considérables de plastique issus du trafic maritime et de la pêche. Étant donné la place de la pêche vivrière dans la vie des populations de la région (par exemple, les Tanzaniens tirent en moyenne 70 % de leur apport en protéines du poisson), la pollution par le plastique représente un risque pour la sécurité alimentaire, car elle peut sérieusement affecter le fonctionnement des écosystèmes marins.

DE BRILLANTES IDÉES

Si les défis sont multiples si l’on veut réduire le volume des déchets plastiques, on observe déjà de nombreuses actions pratiques et créatives comme celles d’Ocean Sole. Par exemple, à Nairobi au Kenya, TakaTaka s’attelle en même temps au coût inabordable de la collecte des déchets et au problème de la fertilité des sols, en demandant à ses clients de séparer les déchets organiques des autres avant la collecte. Cette entreprise fabrique du compost pour le vendre aux agriculteurs et, quant aux déchets non organiques, elle les vend à des centres de recyclage ou, dans le cas des bouteilles en plastique, les transforme en tasses pour les commercialiser également. En Afrique du Sud, All Women Recycling prépare un coffret cadeau appelé Kliketyklikbox à partir de bouteilles en plastique, et Repurpose Schoolbags fait des cartables pour les écoliers avec des matériaux de panneaux publicitaires en PVC résistant.

Les organisations et les pouvoirs publics cherchent aussi des solutions en amont pour endiguer dès le départ la production et la consommation d’objets en plastique, en concordance avec les appels internationaux à se détourner du modèle « prendre-faire-jeter » pour aller vers une économie plus « circulaire », où les produits sont conçus pour être réutilisés ou recyclés.

Au niveau des pays, il est fréquent que les sacs en plastique soient interdits ou taxés. La Mauritanie les a interdits en 2013, après qu’on s’est aperçu qu’environ 70 % du bétail de la capitale, Nouakchott, est mort à la suite d’une ingestion de plastique. Un certain nombre d’autres pays lui ont emboîté le pas, tandis que le Cameroun et l’Afrique du Sud ont institué des taxes.

Comme de nombreux problèmes environnementaux, la pollution par le plastique ne reste pas circonscrite aux frontières nationales, et c’est la raison pour laquelle les réseaux régionaux sont extrêmement importants, comme l’African Marine Waste Network (AMWN), qui rassemble des acteurs des pouvoirs publics, des organisations intergouvernementales, le secteur privé, les universitaires et la société civile dans le but de mieux coordonner les actions de réduction des déchets.

« Si le problème est clairement international de par sa nature et son ampleur, les solutions doivent être locales », affirme J. Jambeck.

« La production de déchets solides et leur gestion sont vraiment liées à la culture. Les populations n’ont pas la même définition des déchets en fonction des endroits de la planète, ou même au sein de la même famille ! Mon mari et moi-même n’avons pas forcément la même définition de ce qu’il faut jeter et de ce qu’il convient de conserver ».

« Aussi lorsque nous disons qu’il manque des infrastructures dans un lieu, cela ne veut pas dire que celles qu’on met en place en Afrique pour gérer les déchets va ressembler aux infrastructures des États-Unis », ajoute-t-elle. « Ces solutions localisées et fonction de la culture que nous observons sont primordiales ».

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