Restauration des terres : L’Initiative 20X20 souhaite des financements privés et un accès plus facile aux fonds climat

Scientist Amy Ickowitz and women collectors. CIFOR/Icaro Cooke Vieira
22 juillet 2018

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BONN, Allemagne (Landscape News) – Les projets nationaux de restauration et de conservation forestières nécessitent plus de financement pour assurer la transformation vers une économie à faible impact carbone en Amérique latine et aux Antilles, ont affirmé conjointement huit ministres qui assistaient à un congrès à Lima au Pérou la semaine dernière.

Il faudrait pouvoir solliciter les fonds climat multilatéraux mis en place lors des réunions de l’ONU sur le climat en 2009 afin qu’ils s’unissent pour mobiliser ensemble 100 milliards USD par an pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique, ont-ils déclaré.

Par ailleurs, les banques multinationales devraient apporter plus de financement aux fonds climat qui distribuent l’argent public sous forme de prêts et de subventions pour des programmes nationaux de restauration, dans le but de renforcer les partenariats public-privé, ont indiqué les ministres venus d’Argentine, de Belize, de Colombie, d’El Salvador, du Honduras, du Nicaragua et du Pérou lors de l’assemblée annuelle de l’Initiative 20×20.

Les 17 pays membres participant à l’Initiative 20×20 ont conclu un pacte en 2014 pour restaurer 20 millions d’hectares de terres dégradées en Amérique latine et aux Antilles d’ici 2020. Leurs gouvernements se sont jusqu’ici engagés ensemble à restaurer et à protéger de 50 millions d’hectares de terres dégradées.

D’après une déclaration des ministres, les fonds climat dédiés à la restauration pourraient permettre de lever les freins à l’investissement privé : nécessité de soutenir davantage les projets, disponibilité en fonds de roulement et gestion des risques d’investissement.

« La pérennité à long terme des efforts de restauration en Amérique latine dépend de la capacité à attirer les investissements privés », a fait savoir Gustavo Mostajo, ministre péruvien de l’Agriculture et de l’Irrigation. « Une participation non négligeable des fonds climat internationaux peut permettre d’accélérer le processus ».

Sur le plan international, en 2016, 3 milliards USD, soit moins de 2 % des 141 milliards USD de financement public de l’action climatique, ont été affectés à l’utilisation des terres, c’est-à-dire moins que pour la restauration, indiquait la déclaration de l’Initiative 20×20. Grâce à la conservation et à la restauration, on pourrait réduire de 60 % les émissions, qui est le pourcentage nécessaire pour arriver à la neutralité carbone d’ici 2050 en Amérique latine et aux Antilles, selon les estimations.

« La restauration et la conservation figurent parmi les mesures d’atténuation au coût le plus raisonnable, et en Amérique latine, elles constitueraient la pierre angulaire de la transition vers une économie peu carbonée », a affirmé Diego Moreno, secrétaire argentin de l’Environnement, du Changement climatique et du Développement durable.

Environ 10 millions d’hectares de terres font déjà l’objet d’activités de conservation et de restauration, plus de 40 projets étant déjà en cours.

« La restauration n’est pas qu’une mesure d’atténuation intéressante sur le plan financier, car elle peut aussi livrer des cobénéfices conséquents, notamment une certaine qualité de vie en zone rurale, la conservation des sols et de l’eau, la protection de la biodiversité et la résilience face à l’aléa climatique », a précisé Walter Vergara, coordonnateur régional de l’Initiative 20×20 et chercheur principal associé au World Resources Institute, qui assure le secrétariat de l’Initiative.

  1. Vergara présentera une communication au Symposium sur l’investissement dans les paysages organisé le 30 mai à Washington, D.C., par le Forum mondial sur les paysages.

PROGRESSION DE LA RESTAURATION

21 partenaires privés, sociétés ou investisseurs d’impact, ont décidé d’investir 2,1 milliards USD. Mais pour restaurer 50 millions d’hectares de terres dégradées, il faudrait beaucoup plus de capitaux.

« Si l’on se met à restaurer 200 millions d’hectares et à reboiser 50 millions d’hectares, parallèlement à des actions en agriculture pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous pourrions avoir de nombreux puits de carbone d’ici le milieu du siècle », a indiqué Alfonso Alonzo, ministre guatémaltèque de l’Environnement et des ressources naturelles, laissant entendre que l’objectif de restauration régional devrait être plus ambitieux.

« 250×2050, cela sonne bien ; mais il faudra cependant un effort concerté des pouvoirs publics, du secteur privé et des acteurs internationaux du financement pour le climat », a conclu A. Alonzo.

Projets en cours : 270 000 hectares du projet de restauration écologique de Chacabuco par Conservacion Patagonica au Chili ; investissements dans 36 000 hectares consacrés à l’agroforesterie par CARANA-Peru/Cacao Alliance au Pérou et au Nicaragua ; restauration et reboisement de 10 000 hectares de savanes par Althelia dans le Mato Grosso au Brésil ; reboisement de 810 000 hectares par CONAFOR, la Commission nationale forestière du Mexique ; conservation de 1,4 million d’hectares avec l’aide de l’Andes Amazon Fund au Pérou.

Des représentants de 21 fonds d’investissement d’impact et 40 partenaires ont assisté à l’assemblée annuelle de l’Initiative 20×20.

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